J’enquille 3 bouteilles de vin
et deviens ce monstre dingue
que le monde rejette
et je suis seul
et inconnu de tous
et je sors
dans un état de haine et de folie complet
et le monde m’est insignifiant
et les immeubles font tous la gueule
et rien n’a d’importance
tant tout semble innaturel, invivable
comme des langues amères me léchant le cerveau
ravagé et imbibé de perversité et de larmes
je fuis la ville
marche quelques heures
le long du Rhône
le vent froid de la nuit brisant tout espoir
dans une solitude totale
sans vérité sans femme sans courage
sans boulot
sans éclat
et la pluie fond sur moi comme une mer cancéreuse
comme le sourire mesquin d’un meurtre
comme une épouse pernicieuse
comme un châtiment
et je résiste comme je peux
et les arbres sont tous cadavériques
et sinistres
et la nuit n’a aucun scrupule
et j’hésite à peut être
arrêter là
balancer ma fatigue et ma déchéance à la flotte
arrêter la partie
je pense à des bataillons armés fonçant sur des civils
à un Dieu assassin méprisant le monde
à ma joie morte
à la pourriture qui règne au fond des océans
et je ne sais comment
je sors de là
mécréant, loqueteux, pas rasé depuis 1 mois
trempé et pouilleux
à moitié suicidé
puant la vinasse et l’absence de vie
et tu apparais
je ne sais comment
et tu me tends la main
tu me parles avec vigueur et entrain
et je pense à un moineau de feu
et tu m’offres
sans prévenir
ton plus beau sourire
et je me dis que tout l’amour
se tient là
dans ce sourire
et cette main posée sur la mienne
et que
malgré 25,000 litres de merde sur la gueule
je vois encore
des fleurs dans tes yeux
