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Fragments du Néant #4

Extrait #4 du roman en cours d’écriture « Le Néant et la Nuit » Les fourneaux étaient allumés, grondaient comme la gueule de l’enfer, des flammes, rouges, bleues, terribles, dansaient comme des anges de l’Apocalypse, crépitant au contact du fer, grésillant comme s’ils réclamaient leur dû, la vieille femme, les manches retroussées, tapant du pied par terre pour se donner la mesure, couper avec une agilité quasi meurtrière carottes, oignons, navets, les épluchures volant dans le ciel de la cuisine avant d’atterrir dans la poubelle, le jarret qui semblait craindre pour sa vie, lâchant un peu de jus signe que le trépas …

Fragments du Néant #3

Extrait #3 du roman en cours d’écriture « Le Néant et la Nuit » Après quelques secondes d’hésitation face à ce spectacle macabre, face à ce spectre déchiré de la vie, Pierre K., mettant de côté sa colère personnelle et retrouvant cette empathie qu’il avait pour les personnes plus misérables, petites ou désespérées que lui, répondit au vieil homme : « Bonsoir. Oui, dites-moi. Qu’est-ce que vous voulez ? – Eh bien, pardonnez-moi, lui dit le vieil homme ne tenant toujours Pierre par le bras, mais je vous voyais marcher ici et là, tourner en rond en quelque sorte, et je me suis dit que …

Fragments du Néant #2

Extrait #2 du roman en cours d’écriture « Le Néant et la Nuit » Venant de la Rue Machin, comme sortant de la bouche des enfers, deux gamins qui devaient avoir une douzaine d’années chacun, dévalaient le bitume sur leurs vélos, hurlant à tue-tête des horreurs, hurlant qu’ils étaient les rois de cette ville de merde, qu’ils défonceraient la bouche de celui qui se mettrait au travers de leur passage, donnant des coups de pied sur les rétroviseurs des voitures stationnées, zigzaguant au milieu de la route, comme des terreurs, comme des chevaux fous ou des taureaux désirant écraser le monde. Ils …

Fragments du Néant #1

Extrait #1 du roman en cours d’écriture « Le Néant et la Nuit » Il passa à ce moment devant un magasin de chaussures et tout ce qui s’y trouvait le dérangeait, lui faisait presque horreur même. Cet étalage d’un blanc parfait, lavé et brossé tous les matins, agencé intelligemment pour ainsi dire, les chaussures neuves, lustrées, orientées vers telles ou telles directions en fonction de la luminosité, les petites étiquettes indiquant le prix, tous ces détails tout à fait normaux dans n’importe quelle vitrine l’offensaient quasiment. Il voyait là non pas des chaussures, mais du néant. Le fait que tout cela …