Extrait #8 du roman en cours d’écriture « Le Néant et la Nuit »
L’écran de l’ordinateur, allumé, montrait sans arrêt, sans une pause, comme une grimace perpétuelle qui narguait Victor, une page blanche, profonde, comme un abîme, dans un désert, comme un néant, blanc, entièrement blanc, recouvert de blanc, comme une montagne, inconnue, inaccessible, qui attendait d’être gravie, qui attendait qu’on la prenne en main, qu’on l’escalade, cachant derrière elle des avalanches terribles, sans aucune trace de pas, un monde inconnu, à écrire, à découvrir, à créer, mais il avait beau la regarder, il avait beau tenté d’y inscrire quelque chose, d’écrire un mot qu’il effaçait aussitôt, d’écrire une phrase qu’il trouvait tellement ignoble qu’il la supprimait d’urgence en regardant bien derrière lui que personne n’ait pu voir cette horreur, qui n’était pas digne de lui, de quiconque d’ailleurs, la page restait toujours immaculée, sans une trace de pas, blanche, une terreur blanche, un tourbillon blanc, un gouffre vers les enfers, mais des enfers sans démons, ni succubes, ni flamme, ni torture, un enfer de silence, de vide, et il avait beau se lever, réfléchir, prendre son temps, creuser, bâtir un plan, ou élaborer une idée, rien de sérieux ne venait, rien de suffisamment intéressant, et quand il s’asseyait et levait la tête vers le plafond et regardant le blanc qui se trouvait au dessus de sa tête, il n’y voyait que la même page, infinie qui se répétait, et quand parfois, enfin, par magie, il arrivait à trouver quelque chose d’intéressant, une piste à explorer, et qu’il se concentrait, les micro bruits dans l’appartement, derrière lui, derrière sa porte fermée, les bruits de pas, sa femme ou sa fille qui se déplaçait, qui parlait, qui jouait, qui rangeait la cuisine ou tout autre chose, le dérangeaient, l’électrisaient, lui faisait tendre l’oreille, le déconcentraient, lui faisaient perdre le fil de la pensée, lui faisaient perdre son idée, qu’il tenait enfin, ou qu’il pensait tenir, et plus rien d’autre ensuite ne comptait que ces micro bruits, que ces bruits de pas, que ces bribes de conversation ou ce bruit des casseroles qu’on range, ou tout autre chose.
Extrait brut, en cours d’écriture
