En Guerre dès le matin – Extrait
En Guerre dès le matin – Extrait

En Guerre dès le matin – Extrait

Je me retrouve seul en pleine nuit. Des odeurs de fleurs sauvages. Des effluves fraîches et inédites. Les ombres partout s’emparant du monde. Je ne ressens plus que le froid. Un froid sans compassion. Sinon un murmure sinistre dans le lointain. Guettant sa proie. Les ténèbres surgissant comme des monstres rampants agressifs. Montrant les crocs. Dévorant les animaux faibles. Conspirant avec la nuit elle-même. Cris de chouettes sauvages et Voie Lactée éclatante. Les étoiles scintillant dans un ciel inaccessible. Cette impression de beauté partout ailleurs que sur la Terre.
Au loin la ville. Charnue. Putain. Ses lumières qui ne me sont pas destinées. Ne connaissant plus personne. Personne ne m’attendant plus nulle part. Aucune destination. Aucune direction à prendre. Uniquement l’errance. Le détachement. L’isolement. La solitude. N’étant plus que solitude. Cette pensée me serre le cœur. Je ne suis plus rien que la solitude. J’hésite. Où aller ? Je n’en ai aucune idée. Je me promène sur un chemin de terre avec quelques affaires sur le dos. Quelle désolation. Je ne suis plus rien. Rejeté de toute vie. De toute structure. Un navire à l’abandon. Errant sans but. Je souhaite mourir.
J’arrive près d’une forêt et sens son souffle chaud qui m’appelle. Qui me murmure des choses sensuelles. Des mots doux. Qui me caresse la joue. Je regarde la ville encore une fois. Elle n’a plus rien pour moi. Je ne me suis jamais senti aussi seul. Aussi vide. Rejeté. Misérable. J’entre dans le bois et vois une silhouette de femme. Argenté. Délicieuse. Qui m’appelle. Une femme aux reflets cristallins et aux courbes alléchantes. Je vais vers elle. La désire. Je ressens son amour. La possibilité d’un amour. D’une nuit éreintante et d’une tendresse féminine. Je ne souhaite plus que sa douceur. Je ne souhaite plus que m’abandonner en elle. Je ne souhaite plus que mourir dans ses bras. Me laisser porter. Espérer une réponse. Un refuge. Elle me tourne le dos lentement et se cache derrière un arbre. J’accélère le pas pour ne pas la perdre, mais elle n’est déjà plus là. Disparue. D’un coup. Sans aucun regard. Sans un mot. Me laissant encore plus seul.
Abandonné de tous.
Je ne suis plus rien que la Solitude.

Extrait du roman : En Guerre dès le matin, publié en 2017 aux éditions 5 Sens

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