Extrait #7 du roman en cours d’écriture « Le Néant et la Nuit »
De l’autre côté de la ville, au-delà du Rhône, du fleuve, du pont, des mouettes et des nuages, Pierre K. se réveillait plus ou moins à ce moment là, d’une humeur terrible, ayant passé une nuit difficile, monstrueuse, migraineuse, si bien qu’il semblait peser des tonnes au moment de se relever, de sortir de son lit qui n’était plus rien d’autre qu’un tombeau, qu’un fardeau, lui aussi, en plus de son quotidien habituel, journalier, diurne, son quotidien nocturne devenait lui aussi une épreuve, une souffrance, lui donner des sueurs, des idées terribles, épouvantables, violentes, contre lui même, contre sa vie contre le monde entier, si bien que tous les réveils et toutes les nouvelles journées n’étaient plus rien d’autre qu’une épreuve, une torture, un calvaire, se répétant encore et encore sans cesse, sans pause, sans répit, et tout ça rend réellement de sens, sans que Pierre ne sache réellement pourquoi, et ce qu’il pouvait faire, comme un sort qu’on lui aurait lancé, une malédiction, qui ne lui laissait aucun choix, qu’il l’obligeait à subir et à souffrir, une lourdeur si éprouvante qu’il le ressentait même physiquement, devant soulever ses bras, ses mains, ses jambes comme si c’étaient là des enclumes et non plus simplement des mains, des bras ou des jambes, ses membres, pourtant frêles, presque décharnés, squelettiques lui semblaient constamment lourds, pesant, remplis d’une inertie affreuse, qui l’affaissaient, remplis de douleur, d’amertume, de désespoir.
Il se releva tant bien que mal, se grattant la tête après un effort colossal pour lever son bras et amener sa main sur son crâne, s’habilla avec les loques de la veille, dans un mouvement mécanique, répété, sans esprit, but une gorgée d’eau, laissa son lit dans un état pitoyable, une marque lourde, épaisse et humide traînant à la place de son corps, à la place de son cadavre se dit-il même en voyant cette empreinte, cette morsure même de la nuit, sur son matelas, croqua dans un bout de pain qui traînait depuis la veille, regarda par la fenêtre, le ciel, le vide, l’espace, ce bleu, immense, vide, sans espoir, puis les immeubles gris, sales, malgré le soleil qui frappait dessus comme une trace de peinture, comme si un pinceau venait de lécher les murs pour tenter d’en faire quelque chose de beau, puis avec paresse et sans savoir vraiment pour quoi, ni pour aller où, ni pour quoi faire, comme par routine, par habitude presque maladive, il sortit de chez lui, pensant que tout valait mieux que de rester chez lui, que de traîner sur une chaise, que d’user la moquette déjà à moitié morte, que de penser à sauter par la fenêtre, que de manger son oreiller et ses larmes, en pensant qu’il n’y avait plus aucun espoir, et descendit les trois étages de son immeuble.
Extrait brut, en cours d’écriture
